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Aujourd’hui, j’ai 42 ans.

Et comme souvent autour d’un anniversaire, je me suis retrouvée à regarder le chemin parcouru. Pas uniquement pour compter les années, ni pour faire le bilan de ce qui a été accompli ou pas encore. Mais plutôt pour regarder tout ce que la vie m’a appris, à travers mes expériences, mes erreurs, mes échecs, mes réussites, mes choix, mes renoncements et toutes ces périodes où je pensais parfois savoir où j’allais alors que je ne le savais pas du tout.

S’il fallait aujourd’hui partager ce que ces 42 années m’ont permis de comprendre, je ne parlerais donc pas de grandes vérités. Je parlerais plutôt de ces quelques évidences qui se sont construites en moi, parfois dans la douceur, parfois beaucoup moins.

Tout part d’une décision

La première chose que j’ai comprise, c’est que tout part d’une décision.

Il arrive un moment où, quelle que soit la situation dans laquelle nous nous trouvons, il faut décider. Décider de rester, de partir, de changer, de recommencer, de demander de l’aide, de dire non, de dire oui, de se choisir, de faire autrement. La décision ne garantit pas que nous ferons le bon choix. Elle ne garantit même pas que les choses se passeront comme prévu. Mais elle nous remet dans une position essentielle : celle de quelqu’un qui prend part à sa propre vie.

À l’inverse, lorsque nous refusons de décider, nous finissons souvent par subir. Nous attendons que les choses changent, que quelqu’un comprenne, que quelqu’un parte, que quelqu’un revienne, que les circonstances deviennent plus favorables. Et pendant ce temps, nous pouvons facilement nous retrouver à accuser les autres, à critiquer, à chercher des responsables à l’extérieur.

J’ai compris que la vie ne pouvait pas décider à ma place.

Même une décision imparfaite reste une décision. Elle peut être réajustée, corrigée, parfois même complètement abandonnée. Mais elle permet de remettre du mouvement là où il n’y en avait plus.

Ce que j’ai vécu ne doit pas devenir ce que je suis

J’ai aussi compris quelque chose de très important pour moi : ce que nous vivons peut nous marquer profondément, mais cela ne doit pas nécessairement décider de la personne que nous devenons.

Dans mon histoire, il y a des choses que je considère comme particulièrement difficiles. Des violences vécues dans l’enfance, des blessures qui se sont construites très tôt, des périodes où j’ai dû me reconstruire alors que je n’avais pas nécessairement autour de moi les ressources ou le soutien dont j’aurais eu besoin. Je ne dis pas cela pour comparer mon histoire à celle de quelqu’un d’autre. Chacun porte ce qu’il porte, et chacun sait ce qui, dans sa propre vie, a été difficile à traverser. Je parle simplement de mon expérience et de ce qu’elle a produit en moi.

Pendant longtemps, j’aurais pu laisser ces expériences devenir une explication à tout. À ma manière d’aimer, de me protéger, de faire confiance, de réagir. Elles auraient pu devenir une justification permanente ou, pire encore, finir par déterminer la personne que je serais.

Mais avec le temps, j’ai compris que je voulais autre chose. Je voulais garder mon cœur.

Pas faire comme si rien ne s’était passé. Pas nier mes blessures. Pas devenir quelqu’un qui pardonne tout et accepte tout. Garder mon cœur, pour moi, c’est refuser que ce que j’ai vécu devienne le cimetière de ce qu’il y a de bon en moi.

Je ne peux pas changer ce qui m’est arrivé. En revanche, je peux continuer à choisir ce que j’en fais. Et cette distinction a énormément changé ma manière de regarder mon histoire.

Le passé explique parfois. Il ne condamne pas.

Une autre chose que j’ai comprise, c’est que le présent n’est jamais aussi figé qu’on peut le croire lorsqu’on est au milieu d’une période difficile.

Une situation peut durer un an, deux ans, trois ans. Elle peut même nous donner l’impression qu’elle est devenue notre nouvelle réalité. Pourtant, elle reste une situation. Elle n’est pas nécessairement une condamnation à vie.

C’est aussi pour cela que le bilan est devenu important pour moi. Pas uniquement le bilan que l’on fait une fois par an, lorsque l’année se termine, mais celui que l’on accepte de faire régulièrement, lorsque quelque chose ne fonctionne plus ou lorsque l’on sent que l’on s’éloigne de soi.

Où est-ce que j’en suis aujourd’hui ? Qu’est-ce qui fonctionne ? Qu’est-ce qui ne fonctionne plus ? Qu’est-ce que je continue à faire uniquement parce que je l’ai toujours fait ? Qu’est-ce que je veux vraiment ? Et surtout, qu’est-ce que je dois changer maintenant ?

On ne peut pas véritablement piloter sa vie si l’on refuse de regarder où l’on se trouve.

Être honnête avec soi-même change beaucoup de choses

Et c’est probablement là que la question de l’alignement entre en jeu.

Nous prenons énormément de décisions en fonction de ce que nous pensons devoir faire. Pour notre famille. Pour notre couple. Pour nos enfants. Pour notre travail. Pour nos convictions. Pour l’image que nous avons de nous-mêmes. Parce qu’on a promis. Parce qu’on a commencé. Parce qu’on avait dit que. Parce qu’à un moment donné, on avait choisi cette vie.

Mais à un moment, il faut aussi être capable de se demander : et moi, qu’est-ce que je veux aujourd’hui ?

Parce qu’avoir choisi quelque chose hier ne nous oblige pas à continuer quelque chose qui ne nous correspond plus aujourd’hui.

Cela ne signifie pas qu’il faut tout abandonner à la moindre difficulté. Cela signifie simplement qu’il faut être capable de distinguer la persévérance de l’entêtement, la loyauté de l’effacement de soi, l’engagement de l’enfermement.

J’essaie aujourd’hui de vivre avec une règle assez simple : que ce que je pense, ce que je dis et ce que je fais se rapprochent le plus possible. Je n’y arrive pas toujours. Je ne prétends pas être parfaitement cohérente, ni avoir atteint une quelconque version définitive de moi-même. Mais je sais que plus je suis honnête avec moi-même, plus mes décisions deviennent claires.

Et lorsque les décisions deviennent claires, l’énergie aussi devient plus claire.

Il faut accepter de ressentir ce que l’on ressent

J’ai également appris à ne plus considérer mes émotions comme un problème à régler immédiatement.

On nous apprend beaucoup à contrôler. Ne sois pas trop en colère. Ne pleure pas. Ne sois pas trop sensible. Ne sois pas trop enthousiaste. Ne prends pas les choses autant à cœur. Calme-toi. Passe à autre chose.

Mais pourquoi faudrait-il toujours passer à autre chose immédiatement ?

J’ai connu des périodes où j’ai énormément pleuré. Entre la fin de l’année 2025 et le début de 2026, j’ai probablement pleuré comme jamais auparavant. Ce que je vivais était difficile, réellement difficile. Et aujourd’hui, je ne regarde pas cette période en me disant que j’aurais dû être plus forte ou mieux gérer mes émotions.

J’étais triste. Alors j’ai été triste.

J’étais en colère. Alors j’ai été en colère.

Et je crois qu’il y a une différence fondamentale entre ressentir une émotion et laisser cette émotion nous autoriser à faire n’importe quoi. On peut être en colère sans maltraiter quelqu’un. On peut être triste sans se considérer comme une victime éternelle. On peut avoir peur sans laisser la peur prendre toutes les décisions.

J’ai compris que mes émotions n’avaient pas besoin d’être supprimées pour que je puisse avancer. Elles avaient besoin d’être entendues.

Le changement casse parfois des choses

Il y a aussi une réalité dont on parle moins lorsqu’on parle de changement : il y aura des pots cassés.

On peut vouloir évoluer, changer de vie, prendre une nouvelle direction, devenir une autre version de soi-même et espérer que tout le monde et tout ce qui nous entoure évoluera naturellement avec nous. Dans la réalité, ce n’est pas toujours le cas.

Certaines relations changent. Certaines habitudes disparaissent. Certaines situations deviennent trop petites. Certaines personnes ne comprennent pas la personne que nous sommes en train de devenir. Et parfois, ce qui fonctionnait parfaitement pour la personne que nous étions ne fonctionne plus pour celle que nous sommes aujourd’hui.

Ce n’est pas forcément un échec.

C’est parfois simplement le prix du mouvement.

J’ai appris qu’on ne pouvait pas passer toute sa vie à préserver ce qui existe déjà par peur de ce qui pourrait être cassé en chemin. À force de vouloir éviter tous les pots cassés, on peut surtout finir par ne plus bouger du tout.

La vie demande du mouvement

Et c’est probablement l’une des choses auxquelles je crois le plus aujourd’hui : sans action, rien ne se passe.

J’ai de moins en moins de patience pour l’idée qu’il faudrait attendre d’être parfaitement motivée, parfaitement prête ou parfaitement confiante avant de commencer. La motivation est fluctuante. L’envie aussi. Et compter uniquement sur son état intérieur pour avancer, c’est donner beaucoup trop de pouvoir à quelque chose qui change tous les jours.

Ce qui fonctionne beaucoup mieux, c’est le mouvement.

Une action. Puis une autre. Puis une autre encore.

C’est comme cela que se construit ce que j’appelle aujourd’hui un catalogue de preuves.

La confiance ne tombe pas toujours du ciel avant que l’on agisse. Très souvent, elle arrive après. On ose quelque chose, on découvre qu’on en est capable, on recommence, on apprend, on progresse, on accumule des expériences. Et un jour, on se retrouve dans une situation qui nous aurait impressionnés quelques années auparavant et on réalise qu’on n’est plus la même personne.

Je l’ai encore constaté récemment dans mes études. Je suis aujourd’hui dans une période où je suis capable de me présenter, de parler de mon parcours et de mettre en avant ce que je sais faire avec beaucoup plus d’assurance qu’avant. Ce n’est pas parce que je me suis simplement répétée que j’avais confiance en moi. C’est parce que j’ai accumulé des preuves.

J’ai fait des choses. J’ai traversé des situations. J’ai appris. J’ai échoué. J’ai réussi. J’ai recommencé. Et tout cela a construit une personne qui sait aujourd’hui davantage de quoi elle est capable.

Peut-être que grandir, c’est simplement changer de classe

Avec le recul, je vois aussi la vie comme une succession de passages.

Il y a des périodes où nous avons l’impression de repasser toujours le même examen. Les mêmes problématiques reviennent, les mêmes peurs, les mêmes schémas, les mêmes situations. Puis quelque chose change en nous. On comprend. On décide autrement. On agit autrement. Et tout à coup, le même problème n’a plus le même pouvoir.

On a changé de niveau.

La première fois que l’on traverse une transition, on peut être complètement perdue. On ne sait pas quoi faire, dans quel ordre, ni même si ce que l’on ressent est normal. Puis on traverse. On apprend. On construit sa méthode. Et lorsque la vie nous propose un nouveau passage quelques années plus tard, on n’arrive plus les mains vides.

On arrive avec de l’expérience.

Avec des preuves.

Avec une meilleure connaissance de soi.

Avec la certitude que l’on a déjà traversé des choses que l’on pensait autrefois insurmontables.

Et peut-être que c’est finalement cela que je retiens le plus de ces 42 années : je ne suis pas arrivée ici parce que j’ai toujours su quoi faire. Je suis arrivée ici parce que j’ai appris à décider, à regarder la réalité en face, à préserver ce qui compte en moi, à accepter mes émotions, à me remettre en mouvement et à recommencer lorsque c’était nécessaire.

Je ne sais pas ce que les prochaines années me réservent. Et, finalement, je n’ai plus besoin de tout savoir à l’avance.

Je sais simplement que je veux continuer à vivre en étant de plus en plus fidèle à celle que je suis.

Et continuer à avancer.

Naomi

Une femme, un fils, une mission. J’écris pour honorer, pour comprendre, pour laisser une trace.

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