On s’est connues, j’avais 11 ans, et toi aussi.
La 6e.
L’âge où tout commence à trembler un peu.
Et déjà, tu étais là.
Et tu ne m’as jamais lâchée.
Depuis ce jour, tu n’es jamais descendue du train.
Ce train un peu cabossé qu’est ma vie.
Tu es restée. Fidèle. Présente. Constante.
Tu fais partie de ces personnes rares :
celles qui restent.
Celles qui n’ont pas besoin de bruit, ni de preuves.
Juste d’être là.
—
Je me souviens de deux choses très précises.
Des choses qui sont restées gravées.
📚 D’abord, l’année du bac.
J’étais en convalescence après une opération.
Je ne pouvais pas suivre les cours.
Et toi…
Chaque vendredi après-midi,
tu faisais passer tous les cours de la semaine,
par une connaissance qui habitait ma commune.
Toi, tu étais loin,
mais tu t’arrangeais pour que le savoir me parvienne.
Chaque vendredi, sans faute.
Sans jamais te plaindre.
Sans jamais oublier.
Ça, Leïla, je ne l’ai jamais oublié.
C’est de l’amour. Du vrai.
—
Et puis il y a eu ce jour-là…
Ce jour où le monde s’est arrêté pour moi.
🕊️ Le jour de l’enterrement de mon frère.
Je me suis retrouvée seule au cimetière (après que tout le monde soit parti).
Le cœur vide.
Les jambes coupées.
Et je me suis retournée…
Et tu étais là.
Tu venais d’arriver en Guadeloupe.
Je ne savais même pas que tu étais rentrée.
Tu étais là. Silencieuse. Présente.
Tu ne m’as pas interpellée.
Tu ne m’as pas fait d’effet de surprise.
Tu m’observais.
Tu attendais.
Et tu es restée avec moi, sur ce banc,
à parler doucement, à me tenir sans parler fort,
jusqu’à ce que je sois prête à rentrer chez moi.
Ce jour-là, tu m’as ramassée avec ton amour.
Et je ne l’oublierai jamais.
—
Il y a des gens qu’on croise,
et des gens qui nous habitent.
Toi, tu m’habites, Leïla.
Et pas juste dans les souvenirs : dans ma fondation.
—
Tu fais partie de ma vie comme un socle.
Il n’y a pas eu de disputes, pas de rupture, pas de drame.
Juste de la constance.
Du lien pur.
De l’amitié vraie.
Tu m’as vue dans mes hauts, dans mes bas,
et tu as toujours été là.
Pas en guest-star.
Pas pour te montrer.
Mais pour être, simplement.
—
T’es pas qu’une copine.
T’es ma sœur sans le sang.
Ma sœur d’âme.
Et je veux que tout le monde sache que tu existes.
Que l’amitié vraie existe.
Qu’on peut aimer en silence, profondément, sans jamais trahir.
Chabine dorée, c’est comme ça que je t’ai appelé instantanément et cela fait 30 ans déjà et ce surnom est resté.
Merci, Leïla, ma chabine dorée
Pour tout.
Et pour toujours.