Il y a quelques semaines, lors d’un entretien, une personne m’a posé une question qui m’est restée en tête : comment est-ce qu’on acquiert de la discipline ?
La question paraît simple et pourtant…
On parle beaucoup de discipline dans le développement personnel. On parle de faire son lit le matin, de se lever tôt, de tenir ses objectifs, de faire du sport même quand on n’en a pas envie. On imagine facilement la discipline comme une grande capacité à se contrôler, à se forcer, à être constante.
Mais en réfléchissant à mon propre quotidien, je me suis aperçue que ma discipline ne venait pas forcément de grandes décisions.
Elle venait surtout de petits repères que j’ai installés au fil du temps.
Des habitudes parfois très simples, parfois presque insignifiantes, mais qui sont devenues des déclencheurs. Elles me permettent de savoir ce que je fais, quand je le fais et surtout de continuer à le faire même lorsque je n’ai pas particulièrement envie.
Mes habitudes ne sont pas toutes utiles. Certaines sont simplement des repères.
Par exemple, tous les soirs, je me parfume avant d’aller me coucher.
Cela peut sembler complètement anecdotique. Et, objectivement, ça ne va pas changer ma vie. Mais ce geste est devenu associé à la fin de ma journée. Il fait partie de ma transition vers le moment où je vais arrêter de faire ce que j’ai à faire et me préparer à dormir.
Il y a aussi ma cuisine. Je ne vais pas me coucher avec une cuisine sale. Ma vaisselle doit être faite. Même si je suis fatiguée, même si je suis courbaturée, même si j’aurais largement préféré aller directement me coucher, je la fais.
Ce n’est pas une question de perfection ménagère.
C’est devenu un signal.
Une fois que la cuisine est rangée, ma journée est terminée. Ensuite vient le reste de ma routine du soir, puis je vais me coucher.
Certaines habitudes jouent précisément ce rôle : elles donnent un signal à mon cerveau.
Elles marquent un début, une fin, une transition.
Et je trouve cela beaucoup plus intéressant que de simplement chercher à accumuler des habitudes « utiles ».
J’ai aussi créé des habitudes pour lutter contre ce qui me fait perdre du temps
La procrastination en fait évidemment partie.
J’ai donc mis en place un défi de 30 jours : chaque jour, je choisis une action qui me permet de lutter contre ma tendance à repousser certaines choses.
Et lorsque les 30 jours sont terminés, je repars sur un nouveau défi de 30 jours.
Je ne cherche pas à devenir une personne qui ne procrastine plus jamais. Je cherche plutôt à entretenir un réflexe : quand quelque chose traîne, je peux commencer à m’en occuper.
Parfois, l’action est terminée. Parfois elle ne l’est pas. Ce n’est pas grave.
Ce qui m’intéresse, c’est la répétition.
Parce qu’à force de faire, je crée des preuves.
Des preuves que je peux commencer. Des preuves que je peux avancer. Des preuves que je peux arrêter de laisser certaines choses prendre toute la place dans ma tête.
Et je crois que cette accumulation de preuves joue énormément sur la confiance que l’on a en soi.
J’ai également construit des repères dans ma vie spirituelle
Ma routine spirituelle fonctionne de la même manière.
Je récite régulièrement les mêmes prières. La structure est stable, mais l’intention peut évoluer en fonction de ce que je traverse, de ce dont j’ai besoin ou de ce que je souhaite déposer ce jour-là.
J’aime justement cette répétition.
Elle m’évite de devoir chaque matin me demander comment je vais prendre ce temps. C’est déjà inscrit dans ma journée.
Et là encore, ce n’est pas la nouveauté qui crée la profondeur.
C’est la régularité.
Professionnellement, j’ai surtout appris à sortir de l’immédiateté
C’est une autre discipline que j’ai progressivement mise en place.
Je ne réponds plus systématiquement dans l’immédiateté. Je me laisse au minimum 24 heures lorsque la situation le permet. Et surtout, je ne veux plus que mes journées soient organisées autour de notifications et de demandes qui arrivent à n’importe quelle heure.
Je ne réponds plus aux sollicitations professionnelles après 18 h, que ce soit pour mes clients en métropole ou pour mes clients aux Antilles, en respectant dans ce cas 18 h, heure locale. Cela vaut aussi bien pour les messages WhatsApp que pour les appels ou les autres sollicitations. Le soir et le week-end, je n’envoie pas non plus de messages ni de mails professionnels. Si je dois travailler sur un dossier en dehors de mes horaires, je peux le faire, mais je programme mes envois pour le prochain jour dédié à cette activité.
J’ai progressivement organisé mes semaines avec des journées qui ont chacune leur fonction. Le lundi est plutôt un jour off. Le mardi est consacré à mon business, à mes dossiers clients et à mes activités professionnelles. Le mercredi est davantage consacré à mes dossiers personnels et à ma famille. Le jeudi est de nouveau une journée professionnelle, orientée business et clients. Et le vendredi est plus flexible : c’est le moment où je traite ce que je n’ai pas forcément pu faire pendant la semaine.
Cela me permet de me repérer.
Et cela me convient très bien.
Parce que je considère aussi que notre manière de fonctionner avec les autres crée un cadre pour eux. Si j’envoie des messages et des mails à n’importe quelle heure, je participe malgré moi à créer cette même disponibilité chez les personnes avec lesquelles je travaille.
Je ne dis pas que je ne répondrai jamais en dehors de ces cadres. Une urgence réelle reste une urgence. Mais en dehors de cela, j’ai choisi un fonctionnement qui me permet de mieux protéger mon temps.
Et aujourd’hui, je me sens beaucoup mieux comme ça.
Et il y a une habitude qui a eu un impact énorme : suivre mes comptes
C’est probablement l’une des habitudes dont je mesure le plus aujourd’hui les bénéfices.
Je suis mes transactions. Je sais ce que me coûte chaque poste de dépenses. Je connais mes charges fixes. J’ai une vision de mes dépenses variables. Je sais ce que j’épargne et j’ai maintenant suffisamment de recul pour observer mes habitudes de consommation.
Est-ce que mon budget prévisionnel est parfaitement construit ? Non.
Je n’ai pas encore le système idéal qui me permettrait de définir précisément, au début de chaque mois, combien je vais dépenser dans chaque catégorie et de m’y tenir au centime près.
Mais ce n’est pas grave.
Parce qu’avant même d’avoir un budget prévisionnel parfait, j’ai quelque chose que je n’avais pas suffisamment auparavant : des données.
Je sais.
Je peux regarder.
Je peux comparer.
Je peux comprendre.
Et surtout, je ne suis plus obligée de fonctionner uniquement au ressenti.
Cette traçabilité a changé mon rapport à l’argent. Elle me permet d’avoir davantage de visibilité et donc d’être moins stressée.
Encore une fois, ce n’est pas une grande révolution.
C’est une habitude.
Je crois finalement que c’est comme ça que la discipline se construit en installant suffisamment de repères dans son quotidien.
Le mindset compte. La motivation compte. Mais je ne peux pas compter uniquement sur eux.
Je peux être convaincue qu’une chose est bonne pour moi et ne pas la faire.
Je peux être extrêmement motivée pendant quelques jours et abandonner ensuite.
En revanche, si j’installe un mécanisme, une habitude, un rendez-vous ou un signal, je réduis le nombre de fois où je dois prendre une décision.
Je n’ai pas besoin de me demander chaque soir si je vais faire ma vaisselle.
Je n’ai pas besoin de réfléchir chaque matin à la manière dont je vais organiser ma journée spirituelle.
Je n’ai pas besoin d’attendre d’avoir envie de lutter contre ma procrastination.
Je n’ai pas besoin de me motiver pour regarder mes comptes.
Je n’ai pas besoin de répondre immédiatement à chaque sollicitation professionnelle.
Ces choses sont progressivement devenues une partie de mon fonctionnement.
Et je pense que c’est là que se trouve la vraie différence
Je ne suis pas devenue parfaitement organisée.
Je n’ai pas une routine parfaite.
Je ne respecte pas tout à 100 % tous les jours.
Et je ne cherche surtout pas à ajouter quinze nouvelles habitudes à ma vie simplement parce qu’elles seraient censées être bonnes pour moi.
Pour l’instant, je préfère consolider celles que j’ai.
Puis, lorsqu’elles seront suffisamment ancrées, j’en ajouterai peut-être d’autres.
Parce que mon objectif n’est pas d’avoir une liste impressionnante d’habitudes.
Mon objectif est de construire progressivement une manière de vivre qui me ressemble davantage.
Et avec quelques mois de recul, je constate que ces petits repères ont déjà un impact réel : je procrastine moins, je me sens plus organisée, j’ai davantage de visibilité sur mon argent, je protège mieux mon temps professionnel, je prends davantage soin de moi et je me sens surtout plus capable de tenir mes propres engagements.
C’est peut-être ça, finalement, la discipline.
Pas être capable de se forcer en permanence.
Mais construire un quotidien dans lequel certaines bonnes décisions deviennent suffisamment naturelles pour ne plus dépendre chaque fois de notre motivation.
Et surtout, se donner régulièrement l’occasion de se prouver qu’on est capable de faire ce qu’on a décidé de faire.
Parce qu’à force de petites preuves, quelque chose finit par changer.
On ne se dit plus seulement : « Je devrais être capable de le faire. »
On commence à pouvoir dire : « Je sais que je peux. J’ai les preuves. »