Il y a des sujets qui dérangent. Celui-ci en fait partie.
Je vais partir de mon histoire, non pas parce qu’elle est universelle, mais parce que c’est la seule que je peux raconter avec honnêteté.
Aujourd’hui, je porte des responsabilités que je n’aurais jamais imaginé avoir. Cela nourrit chez moi une colère. Une colère que beaucoup me conseilleraient de laisser partir. On me dit qu’il faut pardonner, se libérer, avancer.
Peut-être.
Mais aujourd’hui, cette colère a encore une utilité. Elle m’oblige à regarder les choses en face. Elle m’empêche de reproduire ce qui m’a fait souffrir.
J’entends souvent dire que les enfants doivent être présents pour leurs parents. Je suis d’accord. L’amour, la présence, le soutien… tout cela fait partie d’une famille.
Mais il y a une différence entre accompagner ses parents parce qu’on le choisit et devoir réparer les conséquences de leur absence de prévoyance.
Cette différence est immense.
Être parent, ce n’est pas seulement donner la vie. Ce n’est pas seulement nourrir, habiller ou éduquer un enfant.
Être parent, c’est aussi penser au jour où cet enfant sera adulte. Au jour où il aura peut-être une maison à payer, des enfants à élever, des projets, des responsabilités. Une vie qui lui appartient.
Notre rôle est de lui permettre de construire cette vie. Pas de la ralentir parce que nous n’avons pas préparé la nôtre.
Je pense souvent à mon propre fils.
Je ne veux pas que, le jour où je ne serai plus là, son deuil commence par une facture.
C’est pour cette raison que j’ai souscrit une garantie obsèques. Pas parce que je pense mourir demain. Pas parce que je suis obsédée par la mort.
Simplement parce que je considère que c’est ma responsabilité.
Si je peux lui éviter cette charge, alors je dois le faire.
De la même manière, tout ce que je construis aujourd’hui, je le construis aussi avec cette idée : que mon fils n’ait jamais à mettre sa propre vie entre parenthèses pour réparer mes choix.
Cela ne veut pas dire qu’il ne m’aidera jamais.
Cela veut simplement dire que je ne veux pas qu’il en soit obligé.
Je crois que nous parlons beaucoup de protection lorsqu’il s’agit d’enfants.
On les protège des dangers.
On les protège des mauvaises fréquentations.
On les protège des accidents.
Mais combien d’entre nous pensent à les protéger… de nous-mêmes ?
De notre vieillesse.
De nos dettes.
De notre manque d’anticipation.
De toutes ces choses qui peuvent devenir leur problème alors qu’elles auraient dû rester les nôtres.
Bien sûr, tout le monde n’a pas les mêmes moyens.
La prévoyance n’est pas une question de richesse.
C’est une question de responsabilité.
Prévoir un contrat obsèques. Faire un testament. Organiser ses papiers. Épargner, même un peu. Réfléchir à demain.
Personne ne peut tout anticiper.
Mais chacun peut faire quelque chose.
Je n’écris pas ces lignes pour juger les générations qui nous ont précédés.
J’écris parce que je refuse de transmettre à mon fils ce que j’ai moi-même porté.
Je veux que l’héritage que je lui laisserai ne soit pas une charge.
Je veux qu’il soit une liberté.
Parce qu’au fond, je crois qu’aimer son enfant, ce n’est pas seulement être là pour lui aujourd’hui.
C’est aussi penser au jour où il devra continuer sa route sans nous.
Et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que ce chemin soit un peu moins lourd.