Se connaître sans s’enfermer dans des cases

Depuis quelque temps, je parle beaucoup plus ouvertement de mes archétypes. J’ai parlé de ma Sage, de ma Guerrière, de ma Mystique et de ma Mère. J’ai essayé de…

Depuis quelque temps, je parle beaucoup plus ouvertement de mes archétypes. J’ai parlé de ma Sage, de ma Guerrière, de ma Mystique et de ma Mère. J’ai essayé de comprendre ce que chacune de ces figures disait de moi, de mon fonctionnement, de mon histoire et surtout de la manière dont elles se sont exprimées à différents moments de ma vie.

Mais plus j’avance dans cette réflexion, plus j’ai envie d’apporter une précision importante : mettre des mots sur qui nous sommes ne doit jamais devenir une manière de nous enfermer.

Au contraire.

Pour moi, mettre un nom sur quelque chose est une façon de mieux le comprendre. C’est une grille de lecture. Cela permet de reconnaître certaines tendances, certains mécanismes, certaines forces ou certaines fragilités que l’on ressent parfois depuis longtemps sans parvenir à les formuler. Et c’est précisément ce qui m’intéresse dans les archétypes.

Mais un archétype ne résume pas une personne. Il ne peut pas contenir à lui seul toute la complexité d’une existence.

Je peux dire que ma Sage est mon archétype d’essence et que ma Guerrière est mon archétype activé. Je peux reconnaître la place de la Mystique et de la Mère dans mon fonctionnement. Mais cela ne signifie pas que je suis uniquement Sage, Guerrière, Mystique ou Mère. Cela signifie simplement que ces figures me permettent de mieux comprendre certaines dimensions de moi.

C’est une nuance qui peut sembler évidente, mais qui me paraît essentielle dès lors que l’on commence à s’intéresser au développement personnel, à l’astrologie, aux archétypes ou à toutes ces grilles qui cherchent à nous aider à mieux nous connaître.

Parce qu’il y a une différence entre se reconnaître dans une description et se réduire à cette description.

Je suis Vierge ascendant Poissons. Ce sont des éléments qui font partie de ma carte de naissance et qui, symboliquement, donnent certaines indications sur mon fonctionnement. Je serai toujours Vierge. Je serai toujours ascendant Poissons. Mais cela ne signifie évidemment pas que je serai toute ma vie la même femme.

Ma structure de départ reste la même, mais la manière dont je vais l’exprimer évolue.

Je peux comparer cela, avec toutes les précautions nécessaires, à une forme d’ADN symbolique. Notre patrimoine génétique constitue une donnée de départ qui ne disparaît pas parce que nous traversons une épreuve, que nous changeons de métier ou que nous faisons une rencontre. En revanche, notre histoire, notre environnement et notre expérience influencent profondément la manière dont nous nous développons et dont certaines caractéristiques vont s’exprimer.

C’est un peu ainsi que je vois les choses lorsque je parle de mes archétypes.

Nous avons un noyau, mais nous avons aussi toute une vie autour de ce noyau.

Notre éducation, nos expériences, nos relations, les blessures que nous avons traversées, les responsabilités que nous avons prises, les personnes que nous avons rencontrées ou perdues, les choix que nous avons faits et ceux que nous avons regrettés viennent forcément influencer notre manière d’être.

Deux personnes peuvent donc avoir certaines caractéristiques communes sans pour autant avoir la même personnalité, les mêmes comportements ou la même trajectoire.

Et surtout, une personne peut évoluer considérablement sans cesser d’être elle-même.

C’est quelque chose que je constate assez clairement lorsque je regarde mes propres archétypes.

Prenons ma Sage. C’est probablement celui dans lequel je me reconnais le plus tôt dans mon histoire. J’ai pris des responsabilités très jeune et j’ai toujours eu cette capacité à observer, à analyser, à comprendre les dynamiques, les tensions et les non-dits. J’ai souvent cherché à comprendre ce qui se passait avant même de chercher à agir.

Je pense donc que ma Sage était déjà très présente et relativement mature dès l’enfance.

Mais cela ne signifie pas pour autant que je n’ai plus rien à apprendre d’elle. La maturité d’un archétype ne signifie pas qu’il est arrivé au bout de son évolution. Elle signifie plutôt qu’il est davantage maîtrisé, intégré et conscient.

Et c’est là qu’une autre distinction me paraît importante : un même archétype peut être vécu dans une phase immature ou dans une phase mature.

Ce n’est pas une question de valeur. Ce n’est pas « être une bonne ou une mauvaise personne ». C’est une question de manière d’exprimer cette énergie.

Ma Guerrière en est probablement le meilleur exemple.

Je la considère aujourd’hui comme mon archétype activé. Pourtant, pendant longtemps, je pense que je l’ai incarnée de manière très immature.

Je n’avais pas nécessairement besoin d’être directement dans une confrontation pour que les autres ressentent cette énergie chez moi. Je pouvais dégager quelque chose de très défensif, de très frontal, comme si la confrontation était toujours possible, comme s’il fallait constamment être prête à répondre, à me positionner ou à me protéger.

Avec le recul, je comprends que cette Guerrière avait probablement beaucoup de force, mais pas encore suffisamment de maîtrise.

Et la différence avec aujourd’hui est assez nette.

Je n’ai pas perdu ma Guerrière. Je ne crois même pas qu’elle puisse réellement disparaître, puisque je l’ai activée depuis longtemps et qu’elle fait partie de ma manière de fonctionner. Mais je ne ressens plus le besoin de la mobiliser en permanence.

J’ai appris à choisir mes combats.

Et pour moi, c’est justement une des manifestations les plus évidentes de la maturité de cet archétype.

Une Guerrière mature n’est pas une femme qui cherche constamment la confrontation. C’est une femme qui sait ce qu’elle veut défendre, ce qui mérite son énergie et ce qui ne la mérite pas.

Aujourd’hui, lorsqu’une personne m’attaque ou me met en difficulté, je peux répondre sans forcément entrer dans un rapport de force. Je peux dire ce que j’ai à dire. Je peux exprimer une vérité qui est la mienne, tout en acceptant qu’elle ne soit pas nécessairement celle de l’autre. Je peux me positionner sans avoir absolument besoin que l’autre reconnaisse que j’ai raison.

Et surtout, j’ai beaucoup plus conscience que tout n’est pas nécessairement contre moi.

Cette phrase peut sembler simple, mais pour moi, elle représente une véritable évolution.

Pendant longtemps, certaines situations pouvaient être vécues à travers le prisme de la défense, de la méfiance ou de la confrontation. Aujourd’hui, j’ai davantage de recul. Je peux regarder une situation, décider ce qu’elle mérite réellement de ma part et choisir ma réponse plutôt que de simplement réagir.

Ma Guerrière est donc toujours là. Mais elle n’a plus besoin de sortir son épée pour chaque désaccord.

Et je crois que c’est exactement cela, passer d’une expression immature à une expression mature d’un archétype : ce n’est pas supprimer l’énergie, c’est apprendre à la maîtriser.

J’ai vécu quelque chose de différent avec ma Mystique.

Là où ma Guerrière a été très présente mais longtemps difficile à canaliser, ma Mystique a plutôt été une partie de moi que j’ai longtemps essayé de repousser.

J’ai pu passer par des périodes où je cherchais à rationaliser certaines intuitions, à faire comme si certaines perceptions n’existaient pas, voire à me demander pourquoi je fonctionnais de cette manière. Il y avait aussi le regard des autres : parce qu’à partir du moment où l’on utilise le mot « mystique », chacun peut immédiatement y projeter sa propre définition, ses propres croyances ou ses propres jugements.

Aujourd’hui, je n’ai plus vraiment envie de mener ce débat.

Je peux simplement reconnaître cette dimension chez moi.

Je peux dire que je suis mystique et laisser les autres décider de ce que ce mot signifie pour eux. Je n’ai pas besoin de me justifier, de convaincre ou de reformuler ma réalité pour qu’elle entre dans la perception de quelqu’un d’autre.

Et là encore, je ne pense pas être devenue quelqu’un d’autre. Je pense simplement avoir cessé de lutter contre une partie de moi.

Ma Mère, elle, occupe aujourd’hui une place différente.

Je crois qu’elle reprend une place beaucoup plus importante dans mon équilibre parce que j’ai moi-même évolué. Pendant certaines périodes de ma vie, la réalisation, la carrière, l’indépendance, l’ambition et les résultats ont pris énormément de place. Et ils restent importants pour moi aujourd’hui. Je ne suis pas devenue moins ambitieuse parce que j’ai évolué.

Mais je ne ressens plus la même nécessité d’opposer les différentes parties de moi.

Je peux être ambitieuse et avoir besoin de douceur. Je peux aimer construire, entreprendre et obtenir des résultats tout en accordant davantage de place à ma vie personnelle, à ma maternité, à mes relations et à ce qui donne du sens à ce que je fais.

Je crois d’ailleurs que c’est précisément ce qui a changé : je cherche moins à choisir une seule partie de moi au détriment des autres.

Je cherche davantage à comprendre comment elles peuvent coexister.

Et finalement, c’est peut-être cela que mes archétypes m’apprennent le plus.

Je ne suis pas obligée de choisir entre être forte et être douce. Entre être rationnelle et intuitive. Entre être ambitieuse et maternelle. Entre analyser et ressentir. Entre me battre et lâcher prise.

Toutes ces dimensions peuvent exister en moi.

La vraie question devient alors : laquelle est aux commandes dans telle situation, et est-ce que c’est réellement celle dont j’ai besoin ?

C’est pour cela que je me méfie de plus en plus des étiquettes lorsqu’elles deviennent définitives.

« Je suis comme ça. »

« C’est mon signe. »

« C’est mon archétype. »

« Je fonctionne comme ça. »

Ces phrases peuvent être utiles lorsqu’elles permettent de mieux se comprendre. Elles deviennent problématiques lorsqu’elles servent à justifier notre immobilité.

Parce que connaître son fonctionnement ne signifie pas être condamné à le reproduire.

Je peux avoir une tendance et apprendre à la réguler. Je peux avoir une réaction automatique et apprendre à choisir une autre réponse. Je peux avoir un archétype qui s’exprime de manière immature et apprendre progressivement à l’incarner dans sa forme mature.

Et c’est là que je place notre liberté.

Nous ne choisissons pas tout ce qui constitue notre point de départ. Nous ne choisissons pas notre famille, notre histoire, notre tempérament, les expériences qui vont nous traverser ou les personnes que nous allons rencontrer.

Mais nous pouvons apprendre à faire quelque chose de tout cela.

Nous pouvons décider.

Nous pouvons évoluer.

Nous pouvons remettre en question ce que nous pensions être immuable dans notre manière de fonctionner.

Nous pouvons aussi accepter certaines parties de nous que nous avons longtemps rejetées.

C’est peut-être pour cela que je continue à m’intéresser aux archétypes malgré mon refus de me laisser enfermer par eux.

Ils ne me disent pas qui je dois être.

Ils m’aident à observer qui je suis, à certains endroits, à certains moments, et à comprendre comment cette personne a évolué.

Je peux mettre des mots sur mon fonctionnement sans transformer ces mots en définition absolue de moi-même.

Je peux reconnaître mon noyau sans nier tout ce que la vie a ajouté autour.

Et surtout, je peux continuer à évoluer sans avoir besoin de renier celle que j’ai été.

Aujourd’hui, je vois davantage mes archétypes comme des parties d’une même personne que comme des cases dans lesquelles je devrais entrer.

Ma Sage est là.

Ma Guerrière est là.

Ma Mystique est là.

Ma Mère est là.

Certaines sont plus présentes à certains moments. Certaines ont été longtemps rejetées. Certaines ont été exprimées de manière immature avant de trouver davantage de maturité.

Mais aucune ne possède à elle seule la totalité de qui je suis.

Et finalement, c’est peut-être cela que je trouve le plus intéressant dans le travail sur soi : on peut découvrir une structure profonde sans devenir prisonnière de cette découverte.

Se connaître ne signifie pas se figer.

Cela signifie apprendre à mieux se comprendre pour pouvoir, justement, exercer davantage sa liberté.

Parce que je peux rester profondément moi-même tout en devenant profondément différente.

Naomi

Une femme, un fils, une mission. J’écris pour honorer, pour comprendre, pour laisser une trace.

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